Ifop, sondage interdiction corrida, point de vue E. Hardouin-Fugier

Publié le par Pression Ethique Anti Corrida Europe

Voici les commentaires qu'a bien voulu faire Elisabeth Hardouin-Fugier à propos du sondage IFOP présenté sur notre page

http://pression-ethique-anti-corrida-europe.over-blog.com/article-sondage-ifop-aout-2010-les-fran-ais-et-l-interdiction-des-corridas-76115410.html


 

POINT DE VUE D’UNE HISTORIENNE
SUR DEUX SONDAGES (2007-2010)

Dès ses premiers travaux sur la corrida (1995), Elisabeth Hardouin-Fugier s’est préoccupée de l’accueil de la corrida par le grand publie. Parmi les premiers sondages ou enquête d’opinion, celle que l’on distribuait à Nîmes en juin 1992, qui précisait les catégories socio-professionnelles des aficionados,  lui est apparue comme indispensable à l’étude des mentalités que pratique cette historienne.  Voici son analyse comparant le sondage publié dans le Midi Libre de 2007 à l’enquête Ipsos d’Août 2010.
 
La lettre de l’Opinion d’Août 2010 publie un sondage sur la corrida, exécuté par l’Ifop dans les règles de l’art : l’échantillon, le mode de recueil, les dates, rien ne manque à sa fiabilité.
En France, la corrida reste un spectacle encore mal connu, surtout hors des zones méridionales. Après un matraquage médiatique d’un demi-siècle à la gloire du spectacle, se succèdent les sur-interprétations délirantes, publiées dans le Monde. Il n’est donc pas rare de trouver encore des personnes qui pensent qu’on « danse autour du taureau », une épée décorative en main, et couic ! c’est fini : de souffrance, pas question. 

Les choses changent peu avant  2000. D’intelligents militants, désormais appuyés par le Web, des journalistes courageux, des chercheurs parvenant à franchir les  barrages médiatiques, comblent progressivement ces abîmes d’ignorance. L’équipe gouvernementale au pouvoir sous le Président Sarkozy affiche majoritairement une aficion militante, qui dépasse de loin l’aficion visible de  son parti, (61%), dont la pièce maîtresse est Casas, (gestionnaire des arènes de Nîmes) qui se vante publiquement d’y être un décideur. Ce serait M. François Fillon qui aurait ouvert la Sécurité Sociale aux matadors.
La France, interdit l’exercice de la corrida sur la majeure partie de son territoire, mais tous les contribuables français financent les toreros. Des plaisantins suggérent d’ouvrir notre Sécu aux braqueurs de banque, au métier interdit en France, mais y oeuvrant.
 
2007, UN SONDAGE PIÉGÉ

En 2007, le très aficionado Midi Libre , fort du soutien politique, publie un sondage sur la corrida, qui cache un piège : « êtes-vous favorable ou opposé à l’interdiction des corridas en France ? » Près de 80% des Français déclaraient ne pas aimer la corrida, mais condamner un spectacle mal connu et auréolé du pouvoir, semble risqué, aussi ne s’avouent abolitionnistes que 50 % des sondés (48% de conservateurs de la fiesta, dits aficionados). Les Ministères peuvent donc arguer d’une France « coupée en deux ». Ils censurent donc un  flash de la Société Protectrice des Animaux, montrant des taureaux ensanglantés, afin de protéger les aficionados, dits non-violents, qui tuent les bêtes contre les protecteurs, dits violents, qui ne les tuent pas.
Cependant, l’impossible survient l’été 2010 : dans un pays réputé taurin, dans la belle Barcelone de 1900 aux trois arènes, un vote populaire, puis une délibération, obtiennent la suppression légale de la corrida dans la Catalogne entière. Comme il est impensable, pour la majorité de la presse, qu’un humain  défende l’animal, il faut dénoncer ce renoncement historique en tant qu’exécration de l’Espagne et les abolitionnistes en tant que traîtres de l’humanité.

 Un sondage de l’Ifop français  reprend alors exactement la question posée en 2007, donc un point de vue maximaliste, rien de moins que la suppression de la corrida en France !
REPONSE STUPEFIANTE
La réponse est stupéfiante : ce sont désormais près de 70 % qui demandent la suppression de la corrida (dits abolitionnistes)  Les écarts d’opinion ne descendent pas en dessous d’une forte majorité d’abolitionnistes même au plus bas des pourcentages situés entre 59% et 74 %, (en moyenne 66% d’abolitionnistes). En face, une moyenne de 34 % de conservateurs (dits aficionados) répartis entre 29 et 41 %. 
En 3 ans, la progression des abolitionnistes monte de 16 points, au détriment des aficionados.  Un sondage à Nîmes, de peu antérieur, met en fureur la Municipalité nîmoise, qui distribue de larges subsides aux corrida,  plus de 70% d’abolitionnistes laisse  présager l’expertise du Rédacteur de l’IFOP :
«Même les habitants des régions à tradition taurine forte (63 % d’abolitionnistes) ne se démarquent plus de l’opinion majoritaire ( 67 % dans les autres régions)  (Enseignements, p. 2). C’est une grande nouveauté:  le Sud rejoint le Nord dans un désir commun d’abolir la corrida. Désormais, on peut tracer le portrait du Français moyen abolitionniste." IFOP
 
PORTRAIT DES ABOLITIONNISTES

Les sondages espagnols réguliers depuis une trentaine d’années, ou encore le sondage IFOP commandité par la Fondation Franz Weber en 2003 laissaient présager la tendance relevées en 2010. Les jeunes abolitionnistes (moins de 35 ans) constituent 70 %  des sondés, mais les vieux (59%), de part et d’autre des Pyrénées, conservent leur attendrissement pour le  jeune ami de Franco, le Cordobes. Retraités ou commerçants abolitionnistes constituent 62% des sondés. Parmi les actifs, ce sont les professions les plus attachées à la réalité, qui, refusent de transcrire en sentences sophistiquées une réalité sanglante, sont abolitionnistes, les ouvriers, abolitionnistes à 74%, sont suivis de peu par les cadres supérieurs (70%). Il ne faut pas confondre ces derniers avec les professions de pouvoir (chirurgiens, politiques, non distingués dans le sondage), qui, boulimiques de puissance, très minoritaires, mettent un point d’honneur à se distinguer de toute majorité et même de toute légalité.
Contrairement aux auteurs qui lient l’aficion au catholicisme, l’Ouest est la zone la plus anticorrida de France, avec 71 % d’opposants à la corrida, devançant de peu (70 %) l’Est et le  Sud-Est. A l’inverse, la région parisienne et le Nord sont les zones les plus aficionadas (36-37%), sans doute sous influence des combats de coqs dans le Nord (ou encore la tradition espagnole ?) (Les 60 % d’opposants à la corrida sont éviidemment confrontés à 40% d’aficionados dans la zone Méditerranéenne, minoritaires malgré le vacarme que leur consacre le Midi Libre, lui-même en fort  amaigrissement.

Les « proximités politiques » sont évaluées dans le sondage IFOP. Faute d’effectif, il est impossible de confirmer les 74%  du Front National et les politiquement indécis, (77%), maisl’abolitionnisme culmine nettement chez les partisans des Verts (77%), très au-devant des  «Total gauche » et  Démocrate-Modem  (tous deux à 68%). Front de gauche, Parti Socialiste et Total droite , avec 63-64% devancent la lanterne rouge portée par l’UMP où les abolitionnistes, certes plus rares qu’ailleurs, comptent pourtant pour 61%  (2 points en dessous de « Total Droite ».
 
C’est peut-être cette avancée de l’abolitionnisme qui a incité le Ministère de la Culture et son ministre Frédéric Mitterrand à effectuer, en catimini, un classement de la corrida comme Bien immatériel français, préludant à son classement par l’UNESCO. Contrairement à ce que semblent croire des affamés de pouvoir, l’engagement pour sauver des animaux d’une mort cruelle est un choix de vie fondamental.

 Il est donc doublement illusoire de compter sur onze mois d’atermoiement pour faire oublier aux votants une double spoliation, et de la démocratie, et du droit français pour lequel l’animal est un être sensible.
Elisabeth Hardouin-Fugier
8 Juin 2011

taureau91jm
 
 Reproduction souhaitée par l'auteur pour contribuer à faire reculer la torture animale. Les courriers et courriels actuellement envoyés contre la torture tauromachique à la culture peuvent bien entendu insérer ce document ainsi que ses analyses du rapport inique.
Merci de nous faire part des liens  des sites  ou des courriers dans lesquels les travaux d'Elisabeth sont publiés.
Vous pouvez la rencontrer au salon de Tours le week-end prochain.

Salon des Femmes Ecrivains

 

"Chapitre de Femmes"

 

Tours, Hôtel de Ville 

  11 et 12 juin 2011

 



Merci d'avance.

Publié dans La corrida c'est quoi

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